Faut-il avoir peur des médicaments génériques ?

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Depuis le 1er juillet, les assurés sociaux qui refusent ces copies de médicamets, moins chères que l'original, ne bénéficient plus du tiers payant. Une mesure autoritaire , à visée purement financière. C'est l'histoire d'une dame à qui les génériques ont fait péter un plomb. Ou plus exactement, un parapluie, disloqué sur les omoplates de son médecin traitant, qui avait refusé d'ajouter «non substituable» (NS) à la main devant le nom de chacun des médicaments qu'il venait de lui prescrire. «Je lui ai répondu que ce n'était pas possible. Elle est devenue folle, m'a traité de salopard, a menacé de me tuer, puis m'a donné des coups de parapluie», raconte ce généraliste installé à Grenoble depuis vingt-deux ans, qui avoue redouter que «la prochaine fois, ce ne soit pas un parapluie mais un couteau». 

La cause d'une telle fureur, d'autant plus surprenante que la mégère était suivie par ce praticien de 58 ans depuis plusieurs années? «C'est cette politique intenable des génériques qui crée des tensions avec nos patients, se désole-t-il. Ils sont de plus en plus nombreux à s'emporter.»L'incident s'est produit le 1er octobre, mais les médias n'en ont pas eu connaissance. Il n'est relaté que sur des sites réservés aux médecins, qui fourmillent de commentaires sur cette nouvelle «politique des génériques», également appelée «TPCG» (tiers payant contre génériques), entrée en vigueur depuis maintenant quatre mois.Des commentaires assez faciles à résumer: ils trouvent cette politique stupide. «Trois sortes d'arguments reviennent tout le temps, développe le Dr Claude Bronner, vice-président de la Fédération des médecins de France (FMF). 
C'est idiot, car il serait beaucoup plus simple d'aligner le prix des médicaments dont le brevet est expiré sur celui des génériques: les gens pourraient choisir librement, sans que cela coûte un euro de plus à la Sécurité sociale. C'est idiot, parce que les patients peuvent facilement tricher: les ordonnances étant toutes imprimées sur ordinateur, rien ne leur interdit d'ajouter eux-mêmes le fameux «NS» manuscrit qui permet d'obtenir le médicament d'origine, puisque le pharmacien ne peut pas comparer avec l'écriture du médecin. Et enfin, c'est idiot parce que beaucoup de pharmaciens refusent nos «NS» gribouillés, les patients reviennent nous voir, et cela coûte deux consultations au lieu d'une à la Sécurité sociale».
Beaucoup de tracas, donc, mais pour une noble cause: l'assurance-maladie affirme avoir économisé 1,4 milliard d'euros en 2011 grâce aux génériques, dont le prix «sortie d'usine» est en moyenne moitié moins cher que celui des médicaments d'origine (princeps). Et si elle a décidé de transformer le simple «droit de substitution» accordé depuis 1999 aux pharmaciens en suppression autoritaire du tiers payant face au refus d'un générique, c'est aussi pour une bonne raison: en progression constante depuis l'apparition des premiers médicaments génériques en France, au début des années 2000, leur taux de substitution a ralenti puis chuté à partir de la fin 2010.
Les patients étaient de plus en plus nombreux à refuser les génériques, et les pharmaciens ne disposaient d'aucun moyen pour les contraindre à les accepter. Les obliger à avancer le prix du médicament d'origine - remboursé ensuite, mais lentement, par leur Caisse primaire - semble avoir suffi pour les ramener dans le droit chemin: en à peine six mois, le taux est remonté de 71,4 % à plus de 80 %, ce qui commence à rendre crédible l'objectif de 85 % fixé pour la fin 2012.